Je n'ai pas véritablement parlé de la politique de notre nouveau président sur ce blog depuis les élections. Je voulais laisser passer un peu de temps avant de voir ce que tout ça donnait. J'avoue être impressionnée par sa capacité de communication, sa capacité à attirer à lui les succès et les lauriers. Mais désormais, il faut faire un effort pour aller au-delà de la façade. On arrive à voir les choses beaucoup plus sereinement, et, je pense, beaucoup plus objectivement, en ne se contentant pas de vague résumé de séances, en regardant un peu le contenu de ce qu'on est en train de voter et en zieutant un peu du côté des médias étrangers.

Tout d'abord, l'Assemblée nationale a du travail en ce moment.
- Loi sur le service
minimum. Personnellement, je ne vois pas en quoi le vote à bulletin secret pose
problème. J'en vois d'avantage au préavis de 2 jours, mais on peut en discuter.
J'en vois par contre beaucoup plus sur les dispositions prises pour assurer un
service minimum en cas de grève, laissées, selon la loi, à l'appréciation des
organisations de transports. C'est une limitation du droit de grève en
tant que tel (moyen de pression sur l'employeur quand les autres moyens de
négociation ont échoué) qui est très dangereuse. Il me parait important de dire que le droit de grève, si aujourd'hui on en abuse parfois, est un droit fondamental pour une démocratie. Il faut prévenir la grève, pas l'empêcher.
- Loi sur la prévention de la récidive : les peines-plancher et la suppression de l'excuse de minorité sont des mesures inefficaces et même contre-productives. Cette loi aura pour conséquence de remplir des prisons déjà surpeuplées, de faire rentrer un mineur dans un système carcéral souvent propice à la récidive alors que l'on sait que les solutions alternatives le sont beaucoup moins. Par ailleurs, les peines-plancher sont une entorse à la règle qui veut que chaque cas soit unique et demande l'appréciation du juge.
- Loi sur le travail et le pouvoir d'achat : j'ai déjà dit ici que l'exonération des revenus des étudiants n'était pas la solution. Par ailleurs, l'exonération de charges des heures sup pour les salariés est un trompe-l'œil : les salariés qui auraient besoin d'en bénéficier ne sont généralement pas imposés. Cette loi instaure également une inégalité entre l'intérimaire qui fait des heures sup et le salarié à temps plein, et on peut se demander si elle sera utile : pour payer des heures sup, il faut avoir de quoi les remplir. Enfin, le bouclier fiscal est objectivement un cadeau énorme pour les plus riches dont on n'est pas sur du tout qu'il bénéficiera à la croissance : même les sénateurs de la majorité ironisent à ce sujet et voteront la loi avec « mauvaise conscience ».
- Loi sur les libertés des universités : je ne me prononce pas sur cette loi. Je n'arrive pas encore très bien à en voir les tenants et aboutissants…
Par ailleurs, deux affaires ont été ce mois-ci deux tests pour le nouveau président sur la scène internationale : faire accepter le déficit de la France à Bruxelles et faire libérer les infirmières bulgares. Deux succès paraît-il. Simplement il se trouve que le déficit de la France n'a pas été accueilli avec autant de chaleur que nos médias nous l'ont laissé entendre : seul LCI à ma connaissance a fait état de ces réserves et a posé quelques questions embarrassantes au porte parole du gouvernement. Et quant à la libération, qui était, de toute manière, une question de jours, le comportement de l'Elysée a fait en sorte qu'un travail de plusieurs années de la Commission européenne, avec la coopération du Qatar, du Portugal et de l'Allemagne plus récemment, soit finalement attribué à la seule Mme Cécilia Sarkozy, en France en tout cas.. Peut-être a-t-elle joué un rôle. Mais il faut remettre les choses à leur place : la situation avait déjà été largement dénouée par d'autres avant son arrivée. Dans ce cas, on a au moins la décence de le reconnaitre.














