
Ecoutez l'histoire d'une âme perdue, errant dans le brouillard de ses pensées. Femme ou homme, qu'importe ? elle errait, voilà tout.
Elle traversait des contrées étranges, floutées par ces parcelles de pluie et de buées qui ne la quittaient pas. Malgré tout, elle entrevoyait des contrées superbes, juste à portée de main ou au contraire rendues inaccessibles par un rempart venu de nulle part.
Un jour, elle parvint dans un palais, ou plutôt ce qui lui semblait être un palais. De hauts murs, plus hauts qu'elle ne pouvait voir, quelques fenêtres, une porte. Elle la poussa timidement. La porte lui sembla lourde, reluisante, ou était-ce l'eau qui, goutellette par goutelette, conférait aux reliefs ouvragés des battants un aspect aussi étincelant ? Elle entra et vit une salle toute d'or, d'argent et de pierreries, telle qu'elle n'en avait encore jamais vue. L'obscurité et le brouillard se dissipèrent d'un coup et elle vit que ce n'était pas qu'un mirage attirant, mais une réalité bien concrète. Pour la première fois, elle vit.
Le palais ne s'arrêtait pas là. De la pièce où elle se trouvait, partaient trois corridors fermés par des portes un peu plus légères que la première qu'elle avait eu à pousser.
La première menait vers un couloir très simple, dépouillé et sans superflu ; sans embuche, il était strictement droit, un peu sombre mais la bougie qu'elle avait à la main lui suffisait amplement pour voir où elle mettait les pieds. Elle pouvait s'y engager, rien ne l'en empêchait, mais elle trouva ce couloir, bien que sûr, un peu trop triste, un peu trop solitaire.
Elle poussa alors la deuxième porte, mais eut cette fois à défaire elle-même le verrou qui la bloquait ; s'ouvrit alors un passage plus tortueux, plus escarpé, mais plus excitant. Des candélabres lui éclairaient le chemin qui menait vers divers escaliers, tous aussi séduisants les uns que les autres : l'un était tendu de draperies moirées, l'autre de soie blanche, un autre enfin admirablement sculpté. Elle n'en voyait pas la fin et il lui paraissait que ce couloir promettait d'avantage de surprises, bonnes ou mauvaises ; plus dangereux, mais incomparablement plus passionnant.
Elle allait s'engager dans cette voie, avant de se diriger vers la troisième porte, par acquis de conscience. L'ouvrant sans difficulté, elle se trouva devant un corridor qui était la continuité de la salle où elle se trouvait déjà : splendide, lumineux, l'image même de tout ce dont elle rêvait, des miroirs se reflétant les uns dans les autres à n'en plus finir. Tout y était beau, sans surcharge, simplement et magnifiquement arrangé ; ce passage avait l'air de s'allonger à perte de vue, légèrement sinueux. Charmée, l'âme fit un pas, mais butta contre une barrière fermée de l'intérieur. Elle eut beau faire, elle ne parvint pas à l'ouvrir ; si elle voulait entrer, elle devait attendre que quelqu'un, de l'autre côté, finisse par la voir et lui prête la clef salvatrice.
Le brouillard retomba et à nouveau, sa vue se brouilla. Elle ne sut plus où elle était, ce qu'elle faisait : était-elle devant la deuxième porte et devait-elle s'y engager ? ou devait-elle au contraire attendre devant la troisième porte, devant la barrière qui lui bloquait l'accès à un passage aussi rêvé, aussi enchanteur ? Le monde tournait, tournait autour d'elle, le palais s'effaça, et l'âme perdue se retrouva devant une porte bien banale, bien ordinaire, celle de sa propre conscience.
